À ce jour, je cumule 46 ans de collaboration et de travaux avec les différents organismes de soutien logistique à la recherche polaire française. Désormais à la retraite de la fonction publique, j’ai passé la plus grande partie de ma carrière (37 ans) en tant qu’employé du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique), mis à disposition de l’IPEV (Institut Polaire Français Paul-Émile Victor). Cet organisme est chargé du soutien à la recherche scientifique française en milieu polaire. Chaque été austral a été une occasion de missions inédites et motivantes, m’amenant à remettre régulièrement en question mes pratiques, à expérimenter de nouvelles méthodes et à chercher constamment comment améliorer l’existant.
Ingénieur mécanicien de formation, j’ai intégré le personnel permanent des Expéditions Polaires Françaises (EPF) à la suite d’un hivernage à Dumont d’Urville (séjour de 15 mois, de 1979 à 1981). Par la suite et jusqu’à la fin de mon activité, je me suis rendu chaque été austral sur le terrain pour encadrer les activités logistiques et techniques. La gestion technique de la station Dumont d’Urville m’avait été confiée en 1985. En 1991, à la suite de la création de l’IPEV, j’ai poursuivi cette mission en y ajoutant la responsabilité du projet Concordia, ainsi que la mise en place d’un système de transport fiable entre la côte et le site de la nouvelle station — le raid. En 1996, j’ai été nommé responsable de l’ensemble de la logistique française en Antarctique. Au moment de mon départ en 2018, j’avais pris part à 39 des 63 convois organisés depuis 1993, aussi bien scientifiques que logistiques, et je totalisais près de 15 ans de présence terrain.
J’ai eu la chance que plusieurs projets techniques valorisants me soient confiés, et de les avoir menés à bien avec le soutien d’une équipe qui s’est progressivement étoffée jusqu’à 7 permanents à l’IPEV et 70 personnels contractuels sur le terrain, couvrant tous les aspects de la logistique et de la technique.
Ma compétence s’est développée et diversifiée sur plusieurs axes, en particulier :
- L’animation du service en charge de la logistique et des infrastructures françaises, ainsi que la conduite des campagnes d’été annuelles en Antarctique.
- Les études de solutions techniques originales pour la rénovation et le suivi annuel de la station d’hivernage Dumont d’Urville, sur la côte de Terre Adélie.
- Les installations d’énergie à combustibles fossiles et les systèmes d’économies d’énergie associés à l’utilisation d’énergies renouvelables.
- La conception et la construction de bâtiments atypiques, adaptés à l’environnement antarctique.
- La responsabilité du projet Concordia : conception, construction et suivi de cette nouvelle station continentale sur le haut plateau antarctique, projet mené en coopération avec l’Italie et réalisé en flux tendu.
- Le soutien logistique au forage glaciaire profond (3 200 m), conduit de 1998 à 2003, qui a permis d’extraire des carottes de glace reconstituant l’évolution du climat sur le dernier million d’années.
- La conception, la mise au point de matériels de transport spécialisés et l’organisation de convois logistiques et scientifiques sur la calotte glaciaire antarctique.
- La conduite d’opérations à la côte antarctique et à partir du navire de relève (se reporter à glace de mer).
Fort de cette expérience, je me suis établi ingénieur conseil depuis ma retraite de la fonction publique. Je suis en mesure d’apporter mes connaissances à tout organisme français ou étranger, public ou industriel, désireux de démarrer ou de renforcer une activité dans des zones difficiles, dont les zones polaires sont l’exemple emblématique.
Le projet Concordia a bien sûr été un élément marquant de mes vies professionnelle et personnelle. Il n’a pas été donné à beaucoup de personnes de construire une station continentale sur le continent Antarctique, et j’ai eu la chance de faire partie de ces quelques élus. Ce projet a consisté à fixer d’abord une philosophie — un cahier des charges holistique — puis à produire et à gérer des solutions techniques adaptées pour la station elle-même et, les deux étant interdépendants et interactifs, pour le système de convois associés – le raid – , où tout restait à inventer.
Depuis le premier trait de crayon, le projet s’est étalé sur seize ans. En marge de la station, il a fallu assurer parallèlement le transport et le soutien logistique du forage glaciologique profond. Tout cela a été le fruit du travail d’une dizaine de personnes franco-italiennes. La station a depuis fêté ses 21 ans de service. Un des aspects qui aurait pu être amélioré est sans doute la communication — car à côté du savoir-faire, le faire-savoir est un métier que nous avons sûrement négligé.
