Les convois fonctionnent avec deux types de machines qui sont complémentaires pour cette tâche, à savoir les machines de traction et les machines de nivelage qui permettent aux machines de traction d’être efficaces en circulant sur une piste nivelée et à peu près compactée.
Choix des tracteurs
Au moment où nous avons commencé le projet (en 1989) et la recherche de matériel, seules trois catégories de tracteurs sur le marché mondial ont retenu notre attention :
• Les bouteurs Caterpillar série D utilisés en tracteurs
• Les tracteurs agricoles Caterpillar série Challenger, apparus au début des années 80
• Les dameuses de pistes de ski Kassbohrer Pisten Bully (PB)
Les bouteurs Caterpillar série D en version LGP, utilisés à l’époque par les opérateurs polaires, étaient d’excellentes machines, mais lentes et lourdes ; ils ont finalement été écartés au profit de ces nouvelles machines de traction, la série Challenger. Ces tracteurs, conçus pour travailler sur sol meuble, sont équipés de chenilles continues en élastomère. Une série d’adaptations a permis leur utilisation en été sur le continent antarctique.

Flotte originelle de tracteurs du système de convois Concordia

Première machine du système de convois Concordia
Préparée par William Adams, l’agent Caterpillar de Tasmanie, une première machine Challenger C65 A avait été testée avec succès sur le terrain lors de l’été austral 90/91. C’est en 1994 que la seconde machine (65 C) a été acquise. Cette dernière a bénéficié de l’expérience acquise avec la machine A et a été la première à être adaptée aux conditions antarctiques, à être « wintérisée » pour reprendre le vocabulaire de terrain. La plupart de ces adaptations ont été reconduites sur toutes les machines acquises depuis lors.
Évolution
À compter de 2009, la génération des tracteurs de la série 65 a été progressivement remplacée, pour le service des convois d’alimentation de Concordia, par celle de la série MT 800. La génération C65 est passée au service des raids scientifiques. La machine C65 la plus ancienne totalise aujourd’hui 32 ans de service.

En station sous le mauvais temps

Atelier William Adams – Hobart
Caractéristiques
Les Challenger, anciens modèles comme récents, consomment en charge environ 6 litres de gazole par kilomètre, et à vide entre 3 et 3,5 l. Les modèles d’origine (série C65x), équipés de chenilles de 36 pouces, ont une faible pression au sol (300 hPa), un moteur de 220 kW et une conception simple et robuste. Ils disposent d’une transmission semi-automatique à 10 rapports. Leur poids en ordre de marche est de 16 000 kg, leur vitesse maximale à vide de 30 km/h et leur vitesse de croisière en charge de 9 à 10 km/h.
Les MT 800, d’une masse opérationnelle de 22 000 kg, sont équipés de moteurs de 400 kW et peuvent atteindre une vitesse maximale à vide de 40 km/h. Leur pression au sol est de 350 hPa. Leur vitesse de croisière en charge est comprise entre 12 et 18 km/h. Le mode de traction mutualisé à deux ou trois machines a été conservé.
Alors qu’un couple de C65 pouvait tracter 8 charges types (équivalent conteneur 20 pieds de 12 t), un couple de tracteurs MT 865 peut remorquer 12 équivalents-charge, soit environ 144 t net ou 200 t brut avec la masse des supports. La puissance disponible permet de moins solliciter le moteur, qui travaille désormais à 85 % de sa capacité au lieu de 100 % en permanence pour les C65. Ce supplément de puissance permettrait au train constitué d’atteindre une vitesse de croisière nettement plus élevée que celle obtenue avec les C65, mais il y a un risque d’abîmer les traîneaux remorqués et d’endommager les cargaisons. La vitesse en charge est donc en général fixée à 12–14 km/h.


Equipé winch hydraulique 20T de traction
Adaptations et modifications (connues sous le nom de « wintérisation »)
Les modifications et ajustements permettent aux tracteurs de fonctionner avec efficacité et fiabilité dans un environnement où les températures moyennes en été oscillent entre -20 et -50 °C, sur une calotte glaciaire (pression au sol limitée) et sous une pression atmosphérique minimale correspondant à une altitude de 3 600 m. La préparation et les adaptations au service en zone polaire sont similaires entre la série C65x et les MT 800.
Quatre types d’équipements et d’accessoires montés à l’arrière viennent compléter, en plus de la wintérisation, l’adaptation aux besoins : le support agricole 3 points, un générateur électrique triphasé 400 V de 40 kW monté sur la prise de force, une grue hydraulique de 11 t.m (portée passée à 15 t.m sur les MT 800), ou encore un treuil de traction de 20 t. Sur la flotte de 7 tracteurs (6 en service sur un convoi), on trouve généralement 2 machines équipées de générateurs, 3 équipées de grues, 1 équipée du relevage et 1 équipée du treuil, en alternance selon les travaux prévus.

Alternateur Leroy Somer 40 kW sur prise de force arrière

3 x 2000 W Philips Arena floodlights
Notes
Ils sont conçus pour tracter en continu sans problème de durabilité. Ils peuvent cependant perdre de la capacité de traction sur neige sèche « peu cohésive ». Par conception, ils sont dépourvus de lame ; les tentatives d’en installer une n’ont pas abouti sans une modification complète de la machine (tangage trop important, manque de visibilité). Ils peuvent, mécaniquement, tracter en toute sécurité à charge maximale, le patinage des chenilles survenant avant toute contrainte mécanique excessive. Tracter à charge maximale peut néanmoins occasionner l’enlisement du tracteur sur terrain irrégulier (bosses, sastrugis, etc.). Cette difficulté, inhérente à une surface de mauvaise qualité comme le névé, a été surmontée en attelant les machines en tandem et en redistribuant les charges entre elles.
La commercialisation des tracteurs, à l’origine sous le nom Caterpillar, a évolué. Avec la mise en service de la série MT (MT 700, 800), Challenger est devenue une filiale transférée au conglomérat Agco. Agco a de nouveau fait évoluer la dénomination à la mise en service de la troisième génération : les machines sont désormais vendues sous la marque Fendt. Si le concept et l’allure générale restent les mêmes, elles sont équipées d’un moteur MAN et disposent d’une transmission à variation continue, dite Vario Drive, qui adapte en permanence le couple moteur à la vitesse de rotation. Le modèle le plus puissant développe 470 kW.
La préparation au service en Antarctique de ces machines de troisième génération reste la même.


