L’idée d’une implantation au Dôme C a germé au sein de la communauté scientifique française à la fin des années 70. Les premières études techniques parurent à la fin des années 80 et le projet prit forme au début des années 90. Le premier raid au départ de Dumont d’Urville / Cap Prudhomme atteignit le site en novembre 1993. Les achats de matériels et les expéditions suivirent, et la première saison d’été — dédiée à la construction du camp et des installations de forage — débuta à l’été austral 1997/98. Rythmées par les livraisons des convois et partagées entre le forage glaciaire Epica et les opérations de montage, les saisons d’été se succédèrent jusqu’à l’ouverture à l’hivernage en février 2005.
La station, administrée conjointement par l’IPEV et l’ENEA-UTA, comprenait à l’origine trois bâtiments principaux pour une surface couverte et chauffée de 1 800 m², complétés par le camp d’été — ex-camp de construction faisant également office de solution de repli. Par la suite, des installations scientifiques et logistiques extérieures sont venues s’ajouter, doublant les surfaces construites. Toutes les superstructures sont érigées sur la surface du névé. Deux des trois bâtiments d’hiver, abritant les principaux locaux de vie et de travail, sont des structures monoblocs reposant sur un dispositif de pilotis auto-élévateurs ; le troisième abrite la centrale d’énergie principale et les services techniques. Le camp d’été / camp de secours ainsi que les installations périphériques sont composés d’éléments modulaires, pour la plupart montés sur châssis déplaçables afin de pouvoir être dégagés des congères.
Les installations techniques font appel à des systèmes standards, facilement gérables par les équipes de maintenance qui se succèdent annuellement. L’énergie électrique est fournie par une centrale comprenant trois générateurs Diesel — deux de 250 kVA et un de 140 —, un seul fonctionnant à la fois. La chaleur dissipée par les circuits moteurs est récupérée (cogénération) pour le chauffage. La consommation annuelle de carburant Diesel, couvrant les besoins électriques (110 kW en moyenne) et thermiques (75 kW en moyenne), varie entre 280 et 300 m³.
Les deux bâtiments auto-élévateurs sont des polygones à 18 côtés, soutenus chacun par six pilotis ajustables reposant sur une semelle qui répartit la charge au sol à une pression acceptable. Chaque pilotis peut être manœuvré par vérins hydrauliques. Le système permet non seulement d’ajuster l’assise de la structure, mais aussi, par séquences successives, d’élever l’ensemble du bâtiment au rythme de la montée de la surface environnante due à l’accumulation neigeuse.
Dès la conception, le projet a intégré des dispositions visant à réduire l’impact environnemental, conformément aux exigences du Traité sur l’Antarctique et au-delà, notamment pour préserver la qualité des observations scientifiques. Les gaz d’échappement sont condensés pour limiter les émissions de vapeur d’eau ; lubrifiants et déchets sont rapatriés. Toutes les cuves — carburant comme eaux (potable, recyclée et boues) — sont à double coque.
Les eaux usées grises et noires sont collectées par deux réseaux séparés fonctionnant par aspiration. Les eaux grises sont traitées et recyclées pour les usages de lavage grâce à un procédé à quatre étages — ultrafiltration, nanofiltration et deux étages d’osmose inverse — développé en collaboration avec l’ESA, qui y a trouvé un intérêt pour ses propres programmes. Un traitement des eaux noires par fermentation anaérobie et filtration en continu avait été envisagé, mais n’a jamais franchi le stade du prototype industriel. Durant les premières années, les déchets organiques étaient incinérés ; ils sont désormais déversés dans un puits où ils demeurent gelés, piégés dans la calotte glaciaire.
La station compte aujourd’hui 21 hivernages. Un champ de production d’énergie solaire a été mis en service dès 2021, et son extension vers une autonomie complète du site durant quatre mois par an est actuellement à l’étude. Les convois se sont poursuivis après la phase de construction : le 82ᵉ s’est achevé en février dernier, portant le total des livraisons à plus de 12 000 t.












